HERVIEUX-MAHÉ - "Le Sauveur des Âmes / Salver an eneoù"

Ce que nous raconte le trio Hervieux-Mahé nous vient de la mémoire collective du terroir du Morbihan, traditionnellement nommé pays Vannetais (gallo et bretonnant).

C’est l’histoire du Bien et du Mal, celle des complaintes de jeunesse comme de vieil âge, de plaisir et de regret, d’anges et du diable. Un répertoire qui nous enseigne les conduites à éviter pour ne pas être pendus au petit matin !

Une morale de la tradition populaire bretonne transmise par le chant, la bombarde et le biniou, accompagnés de l’orgue. La rencontre d’instruments pour la fête et pour la liturgie autour d’un organe universel : la voix.

CD Hervieux-Mahé 2017

1. Ketan ’m es groeit el léz

Ketan mes groiet el les

D’er verh ieuank ebed

oé a barrez Bluneret

Durant en overenn bred ô ô

Oé get hé zad hé mamm

Ar bazenn er vered

Hé deùlagad glaz é lein hé fenn

Ken kaer el er boked

Hé deùlagad glaz é lein hé fenn

Ken kaer el er diamant

Ret é dein moned ér ger

D’houlenn kousantemant

Nag hé zad ag é mamm

E oé koutant a seus

Ken meit é vreuder gouhan

Ré sen gousantint ket

Achiùet hui mem breur

Er peh hues komanset

Lameit hou chonj ged er merhied

Kerhed de vout beleg

Chetu ean belleget

hag overennet en dés

Ketan overenn doé laret

Oé é kanton Kemper

Ged en deur a zeùlagad

Ean aros en aotér

De has doh é vreuder

Bout mé lakeit de gemer ur garg

Ne oé ket aveit hé gober

Traduction :

La première fois que j’ai fait la cour

à une jeune fille

c’était sur la paroisse de Pluneret

pendant la grand-messe

Elle était avec son père et sa mère

sur la marche du cimetière

Les yeux bleus de son visage

aussi beaux qu’un bouquet

Son regard de son visage

aussi beau qu’un diamant

Il est temps d’aller au village

pour demander le consentement

Son père et sa mère

sont contents

sauf ses frères aînés

qui ne consentent pas

« Finissez mon frère

ce que vous avez commencé

ôtez les filles de votre esprit

allez pour être prêtre »

Le voici prêtre

à dire la messe

La première messe fût dite

sur la canton de Quimper

Avec les larmes de ses yeux

il arrose l’Autel

pour montrer à ses frères

qu’ils lui ont donné une charge

qui n’était pas faite pour lui

Version sonnée d’une chanson connue dans tout le Vannetais bretonnant, enregistrée auprès de Madame Evano-Le Gourrierec de Saint-Yves Bubry.

2. Les Grâces

Auguste et divine Marie, nous vous saluons à genoux

Vous êtes de grâce remplie et le Seigneur est avec vous

Bénie entre toutes les femmes, vous méritez le premier rang

Béni soit le sauveur des âmes, Jésus, votre divin enfant

Mère de Dieu, Vierge Marie, soyez notre aimable support

Priez pour nous pendant la vie, surtout à l’heure de la mort

Cantique localement dénommé « Les Grâces de Ruffiac »,il fut composé en 1905 par un abbé de Ruffiac,l’abbé Guyot, qui jugeait ses fidèles un peu trop portés sur les joies terrestres.Chanté le jour des noces, toute l’assemblée entonnait ce cantique en fin de repas.C’était le signal, l’autorisation pour aller danser et se divertir. Le plus âgé de l’assemblée des noces finissait alors cet hymne à la Vierge Marie en s’exclamant « amusez-vous, le diable est mort ».

Et si sa vocation première de chant de noce s’est peu à peu estompée il reste un cantique très populaire dans le secteur de la commune de Ruffiac puisqu’il est encore entonné de manière régulière en fin de repas lors des diverses animations locales où l’on ne saurait se lever de table sans l’avoir chanté !

3. Joli mois de mai (chanson de la quête des œufs)

Cette chanson est connue dans toute la francophonie, mais la pratique de la quête des œufs a disparu un peu partout sauf dans le pays de Redon. Wenceslas arrange ici à l’orgue un chant de remerciement pour les bonnes récoltes de pomme ainsi qu’un chant de découronnement de la mariée.

4. Crime et châtiment

C’est une fille de 15 ans, belle comme une rose

Elle a eu un enfant, personne n’en est la cause

Ne sachant comment faire pour s’en débarrasser

A la rivière d’Étel elle s’en va le jeter

Personne ne l’avait vue, que sa plus proche voisine

De là elle s’en va prévenir la justice

Monsieur de la justice, vous ne savez donc pas

Ce qui se passe en ville, mais on vous l’apprendra

Les gendarmes sont venus ce matin chez la belle

Elle était sur son lit, sa mère qu’est auprès d’elle

Bonjour, bonjour la belle, comment vous portez-vous ?

Les gens de la justice ils ont affaire à vous

Si j’ai eu un enfant, comprenez ma détresse

De mon cœur innocent, je n’étais plus maîtresse

Allons allons la belle, pas tant de boniments

Montez vite à cheval, suivez nous prestement

Sa mère qui était là, qui haussait les épaules

Pris de l’argent en main comme une fille folle

Ô gens de la justice, rendez moi mon enfant

Je vous le paierai en or, en or et en argent

Ni or ni pour agent, vous n’aurez pas votre fille

Elle a commis un crime, il faudra la punir

Là-haut sur la colline, aucun voisin autour

La belle sera pendue, matin au point du jour

Chanson connue dans tout le terroir Vannetais, donc en français comme en breton. Cette version est celle collectée auprès de Marie Le Beau-Josso de Béganne.

5. Venez chrétiens fidèles

Venez, chrétiens fidèles, entendre le récit,

De quatre pauvres filles qui dansent jours et nuits,

Qui dansent jours et nuits, toujours danser

Sans qu’on pourrait jamais les faire cesser.

Le curé de la ville s’en va porter l’hostie

À un vieil homme du village en danger de mourir

Il leur a dit les filles, faudra cesser,

Faut venir adorer Jésus qui va passer

Nous n’avons point besoin d’adoration

Continue à jouer ton violon

Continue à jouer ton violon

J’ons de l’argent en poche, nous t’y paierons

Le curé de la ville après avoir donné

La sainte hostie au malade

Il s’en est retourné

Il leur a dit les filles faudra cesser

Faut venir à l’Église vous confesser

Nous n’avons point besoin de confession

Continue à jouer ton violon

Continue à jouer ton violon

J’ons de l’argent en poche, nous t’y paierons

Les quatre pauvres filles, elles sont damnées

Elles ont l’âme plus noire qu’une cheminée

Elles sont là dans la terre, là jusqu’aux reins

Voyez chrétiens fidèles, quelle triste fin.

Marie Rondouin a appris cette chanson lors de veillées à la chandelle auprès de sa tante couturière à Saint-Jacut-Les-Pins.

6. Rossi Rossi Rossignolet

Déjà au XIIème siècle, Marie de France citait les lais bretons. Celui du laustic par exemple, « an eostig» en breton moderne, c’est à dire le rossignol, fameux messager des amoureux. Connu dans toute l’Europe du nord, ce thème a laissé en Bretagne des centaines de versions dont voici quelques unes du Morbihan Gallo et en particulier pour finir celle de Jeannette Maquignon, notre grande chanteuse populaire du pays de Redon-Malestroit.

7. Hon Tad e zo én nean (Notre Père qui êtes aux cieux)

Hon Tad e zo én néan, reit d’emb ho ranteleh

Eit ho prasan inour hag hor salvedigeh

Diskan :

Hon Tad e zo én nean, ho hanù revo mélet

get en éled, er sent, en dud, en treù kroéet

Hon Tad e zo én néan, bét groeit ho volanté

Get kement hani zo, ar en doar èl én né

Hon Tad e zo én nean, reit d’em bara bamdé

Reit d’emb hiniù bara er horv hag en iné

Hon Tad e zo én néan, d’emp ni oll pardonet

El ma hramb ni d’er ré en des hon ofanset 

Hon Tad e zo én néan, goarantet hor halon

Birùikin n’hol lausket de goéh én tantasion

Hon Tad e zo én néan, goarnet hon ineañeù

Doh er péhed marùél, mammen en oll drougeu

Traduction :

Notre père qui êtes aux cieux, que votre règne nous soit donné

Pour votre plus grande gloire et notre salut

Refrain :

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit loué

par les anges, les saints, les Hommes et la création

Notre père qui êtes aux cieux, que votre volonté soit faite

Par tout ce qui est, sur la terre comme au ciel

Notre père qui êtes aux cieux, donnez nous notre pain quotidien

Donnez nous aujourd’hui le pain du corps et celui de l’âme

Notre père qui êtes aux cieux, à nous tous pardonnez

Comme nous le faisons à ceux qui nous ont offensés

Notre père qui êtes aux cieux, préservez notre cœur

Ne nous laissez jamais succomber à la tentation

Notre père qui êtes aux cieux, gardez nos âmes

Du péché mortel, source de tous les maux.

Cantique encore parfois chanté dans les quelques rares offices où l’on a laissé quelque place à la langue bretonne. Les paroles ont été écrites par l’abbé Jean-Baptiste Oliero de Locmariaquer (1856-1930). L’abbé Oliero a utilisé un timbre recueilli par Louis-Albert Bourgault-Ducoudray auprès de Madame le Goas à Guingamp (Silvestrik in 30 mélodies populaires de Basse-Bretagne, 1885). Ce timbre ressemble étrangement à diverses versions de chants de marins dont celui du « combat de la Danaé » (1759) recueilli à Fécamp et chanté par Cabestan.

8. Le bal du démon

C’est une jeune fille de 18 ans, bien éloignée des sacrements

S’en va au bal, s’en va aux danses, elle aime le jeu en abondance

Son père qui est de sur son lit, tout près d’entrer en agonie

Sa mère qui le garde à mourir, s’efforce en vain de le retenir

Vous n’êtes plus que deux vieux fous, j’irai bien au bal malgré vous

Allez danser, grande effrontée, un jour vous vous en repentirez

Elle prit sa coiffe de dentelle, c’est pour y paraître plus belle

Et ses petits souliers mignons, pour plaire à tous ces jeunes garçons

Quand elle sortit de la maison, fit la rencontre du démon

Ah ! Te voilà ma mie ma blonde, depuis longtemps nous t’attendions

Il prit la fille par sa main blanche et il l’amène à la danse

Ils n’eurent pas fait deux tours tous deux, la belle tomba morte en ces lieux

Si j’avais écouté mon père, je n’serais pas dans les enfers

Dans les enfers pour y brûler, Grand Dieu pour toute l’éternité

Chant collecté auprès de Jean Rouxel de Bahurel, Redon.

9. Seih ré boteù

Seih ré boteù em es uzet, men dous

Seih ré boteù em es uzet

Doh ho tarempred, dir lan dir la ha dir deido

Doh ho tarempred, ne ouieh ket

Ha seih arall em (b)ehé hoah groeit , men dous

Ha ken ne oé er fall deadeù…

Trezet em es parkeù ha lanneù, men dous

Hag ul lod kaer a zezerheù

Uzet em es me zok àr me fenn, men dous

Get en divéradur e za ag en doenn

Ne oé ket nétra me honsolé, men dous

Meid en aùel a-ziar ho kwélé

Meid en aùel a-ziar ho kwélé men dous

(A) zé de me havouid dré en toull alhùé.

Traduction :

J’ai usé sept paires de souliers, ma douce

J’ai usé sept paires de souliers,

À vous fréquenter, dir lan dir la ha dir deido

À vous fréquenter, vous ne le saviez pas

Et j’en aurais encore usé sept autres, ma douce

S’il n’y avait les mauvaises langues…

J’ai traversé champs et landes, ma douce

Et beaucoup de broussailles

Et le chapeau que je porte, ma douce

A été usé par le ruissellement de l’eau du toit

Rien ne me consolait, ma douce

Si ce n’est la brise provenant de votre lit

Si ce n’est la brise provenant de votre lit

qui me parvenait par le trou de la serrure

Chant également appris auprès de “Mamm-Goh” Gourrierec (Kerbourden – St Iwan Bubri)

10. Profitons de nos beaux jours

A dix huit ans j’étais belle , j’avais de fraîches couleurs

mais à la fleur de mon âge, j’ai refusé mon bonheur

Je n’avais pas de richesses et de fortune n’en parlons pas

Mais j’avais le cœur aimable, les amants n’y manquaient pas

J’avais la bouche riante, les yeux doux et l’air bien gai

J’y connaissais la manière de m’y faire bien aimer

Je croyais qu’en restant fille cela aurait toujours duré

J’aurais vécu dans le plaisir dans la joie et la gaîté

Les goûts du plaisir se passent, l’âge amène à la raison

Il faut rester sur le vieil âge sans appui à l’abandon

Mais si j’avais fait comme les autres, m’y marier aussi moi

J’aurais des enfants j’espère qui auraient grand soin de moi

Mais je suis la délaissée, par ma faute je vous le dis

J’en ai le regret au cœur tout le reste de ma vie

Amusez-vous la jeunesse, profitez de vos beaux jours

Dès que vous serez en âge, accomplissez vos amours

Complainte de Madame Marguerite et Agnès Sébillet de la Barbais en Saint-Vincent-sur-Oust.

11. Jolie Flamande

Suite vannetaise composée d’une mélodie traditionnelle du Morbihan gallo (version de Saint-Vincent-sur-Oust), suivie de « Kanal e hré en ened » – Chant des Oiseaux -, variante du célèbre « en teir séein » recueilli au début du XXème siècle par Loeiz Herrieu à Baud. S’ensuit un rond de St Vincent composé par Gilbert.

Wenceslas Hervieux (orgue et voix), Fred Woff (son), Dominig Mahé (voix et biniou), Gilbert Hervieux (bombarde et voix) et Izan Belz (écoute, traductions, photos)

Gilbert Hervieux – bombarde, voix
Facteur de biniou et de bombarde depuis 1981 en Pays de Redon.
Gilbert met en valeur la culture locale et prolonge la tradition par ses nombreuses collectes et
compositions.
Il effectue d’incessantes recherches sur la tradition et agit au sein d’institutions notoires comme le
Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine ou Dastum.
Il intervient aussi régulièrement en stage et conférences sur le terroir vannetais-gallo, en Bretagne,
en France et à l’étranger (citons ses voyages récents en province du Guizhou (Chine) ou à Zanzibar
(Tanzanie) dans un but ethnomusicologique).
Gilbert a également remporté le championnat de Bretagne des sonneurs en couple à Gourin avec
son compère Jacques Beauchamp.

Dominig Mahé – bombarde, biniou, voix
Originaire de Pontivy, Dominig est un biniaouer de renom, virtuose de la bombarde et chanteur au
timbre qui ne laisse pas indifférent.
On a pu l’entendre dans la Kerlenn Pondi (ensemble bagad-cercle de Pontivy), Kerbedig, Carré
Contact : 06 70 01 77 77 – contact@wenhervieux.com – page 1 ! /! 2Hervieux-Mahé, concert en église
Manchot, Sonerien Du, Loened fall, Ampouailh, Div ha daou, Audran-Mahé, Léhart-Mahé…
Ex-président du Festival des Bombardes du Monde (association en Arwen), Dominig préside
actuellement la société d’édition Coop-Breizh.

Wenceslas Hervieux – orgue, voix
Pianiste, accordéoniste et organiste, Wenceslas s’affirme dans le domaine de la création et vit de
spectacles et de concerts essentiellement en France.
Il collabore actuellement avec des compagnies de comédien, de marionnettes ou de danse pour
lesquelles il compose, improvise et se met en scène.
Son oncle Gilbert est son premier initiateur à la musique traditionnelle. Il lui a fait prendre
conscience de ce qui se passe en Bretagne et précisément à Saint-Vincent-sur-Oust (d’où ils sont
originaires) en lui faisant découvrir la musique de divers pays du monde, sur cassette audio – on est
dans les années 90… ! – et lors de festivals.
Wenceslas puise son énergie et son inspiration dans le groupe Manglo, chanteurs de Saint-Vincent-
sur-Oust, qu’il accompagne depuis plus de vingt ans.
En tant qu’organiste on le retrouve aussi aux côtés du talabarder Erwan Hamon avec qui il a sorti un
album en 2015 : Si vous dormez – éd. Coop-Breizh

Presse :

Culture et Celtie

Agence Bretagne Presse

7Seizh

Radio :

Radio Bro Gwened

La formule concert de l’ensemble Hervieux-Mahé s’y est produit :

• église Sainte-Anne-de-la-Butte-aux-Cailles à Paris le 17 mai (2019)
• église de Noyal-Pontivy (2018)
• Basilique de Pontivy (2017)
• 2016 : église Saint-Barthélémy de Mulhouse, abbatiale de Saint-Gildas-de-Ruys (56), église
de Gaiola (Coni, Piemont, Italie)
• église de Balingen en Allemagne (Festival de cornemuses d’Europe Sackpfeifen in
Schwaben, 2003, 2006 et 2015)
• église de St Laurent-sur-Oust (56) (Festival du Cabaret à Domicile, 2003 et 2013)
• églises du pays de Redon : La Chapelle-de-Brain, Les Fougerêts, Peillac, Fégréac, Saint-
Jacut-les-Pins (église de la communauté des sœurs)

Concert à venir :
• église de Malestroit (56) le 6 août 2019

• concert à Pluvigner (56) le 22 décembre (option)

• tournée en Espagne (région de Madrid) en février 2020